Morgane MILLET*, Graziella LUISI*, Nathalie LAMETA*, Paul-Antoine BISGAMBIGLIA#
*Université de Corse, UMR LISA 6240 | #Université de Corse, UMR SPE 6134
Résumé : Les espaces ruraux occidentaux constituent des creusets pour l’avènement d’innovations sociales dans leur diversité, dont on se demande comment elles traduisent le projet porté par les Nouvelles Lumières. À partir de l’analyse du prix Paes’innov, concours dédié à l’amélioration du quotidien en milieu rural corse qui a réuni 51 candidatures en 2024, nous montrons que l’innovation opère comme un levier pour une nouvelle forme de progrès qui concilie les changements technologiques avec les valeurs humanistes et écologiques des Nouvelles Lumières. Pourtant, ces projets dénotent par une faible dimension réflexive, ce qui s’explique par la nature opérationnelle du concours, et par un fort ancrage territorial qui questionne l’approche universaliste des Lumières. En ayant conscience que ce prix repose sur le volontariat et donc sur une vue partielle des initiatives individuelles et collectives en Corse, il présente l’intérêt d’offrir une première vue de la variété des projets à l’œuvre et de la palette des sujets abordés. Cette enquête de nature exploratoire mériterait ainsi d’être prolongée, complétée, mais aussi approfondie pour cerner le potentiel critique et transformatif de ces premières innovations sociales identifiées.
Mots-clés : valeurs, progrès humain, écologie, nature, territoire
Abstract : Rural areas in the West are fertile ground for a wide range of social innovations, raising questions about how these innovations reflect the vision championed by the New Enlightenment. Based on an analysis of the Paes’innov Award—a competition dedicated to improving daily life in rural Corsica that received 51 entries in 2024—we demonstrate that innovation serves as a lever for a new form of progress that reconciles technological imperatives with the humanistic and ecological values of the New Enlightenment. However, these projects are characterized by a limited reflective dimension, which can be attributed to the operational nature of the competition, and by a strong local embeddedness, which challenges the Universalist approach of the Enlightenment. While acknowledging that this award relies on voluntary participation and thus provides only a partial view of individual and collective initiatives in Corsica, it has the merit of offering an initial glimpse into the variety of projects underway and the range of topics addressed. This exploratory study would therefore benefit from being extended, supplemented, and further deepened to identify the critical and transformative potential of these early social innovations.
Keywords : values, human progress, ecology, nature, place
Introduction
Notre société occidentale connaît une situation de crises multiples – sociale, économique, écologique, sanitaire et culturelle – mais également de « sidération » qui rend plus que nécessaire le développement d’un regard éclairé et réflexif sur notre époque pour rendre possible la construction d’un nouveau récit porteur d’espoir pour l’avenir[1]. Dans ce contexte, les « Nouvelles Lumières », vues comme un « acte par lequel une génération opère un retour réflexif sur elle-même et cherche à faire naitre un nouvel imaginaire »[2], apparaissent comme une piste pertinente à explorer.
Si les Lumières du XVIIIe siècle ont effectivement constitué une révolution de taille dans le regard, critique, que leurs contemporains ont porté sur cette époque et dans l’éveil de la raison comme fondement de l’émancipation individuelle, elles ont toutefois été controversées, alors et depuis. Nous retiendrons particulièrement ici, dans les critiques formulées récemment, leur anthropocentrisme, opposant culture et nature.
Le XXe siècle, dans son penchant destructeur historique, a par ailleurs contribué à mettre à mal l’idéal de la raison éclairée et le rôle de la science dans la construction d’une civilisation sage et juste. L’idée même de progrès humain a été délaissée, substituée par la notion de « rationalisation technique » et réduite à une appréhension strictement économique, fondée sur la « croissance » et le « développement » [3]. Dans ce processus « les vies humaines et les existences professionnelles [ont été soumises] à une impitoyable organisation technocratique et concurrentielle de la “rentabilité”. »[4] Plus récemment, la remise en cause de la notion d’individu doué de raison, la défiance vis-à-vis du processus démocratique qui ne serait qu’une illusion, la perte d’intérêt dans l’échange interculturel qui ne serait plus possible, le rejet du dialogue avec le vivant sont autant de phénomènes qui confortent une distanciation de (toute ou partie de) notre société vis-à-vis des principes fondateurs des Lumières.
L’enjeu est alors d’appréhender les « Nouvelles Lumières » comme un projet de réactualisation des principes des Lumières du XVIIIe siècle fondé sur une « anthropologie et une ontologie prenant en compte les défis du XXIe siècle »[5], plus particulièrement celle d’une nécessaire cohabitation avec l’autre, humain et non humain. Nous rejoignons ainsi la posture portée par Corine Pelluchon selon qui « les lumières du XXIe siècle doivent traduire cet espoir qui s’appuie sur un projet écologique impliquant la sortie du modèle de développement destructeur et violent, la décolonisation de notre imaginaire marqué par la domination de la nature, des autres par la répression de notre sensibilité. »[6]
Nous nous interrogeons sur les moyens par lesquels une telle utopie peut se concrétiser, un tel projet – de fond – peut advenir. Bien que multiples, fragmentaires, les innovations sociales qui se multiplient à notre époque et dans nos territoires en constituent, selon nous, l’une des expressions.
L’innovation sociale, notion ayant émergé dans les années 1970 dans une posture critique notamment vis-à-vis du progrès technique et de ses effets, connait effectivement un regain d’intérêt, social et scientifique, dans le contexte critique que nous traversons[7]. Définie comme « une nouvelle réponse à des problèmes socio-économiques, à des besoins peu ou pas satisfaits par les marchés et les politiques publiques »[8], elle s’exprime notamment par la construction participative de solutions situées. Et, s’inscrivant dans la durée, elle est susceptible d’aboutir à une forme de transformation sociale guidée par la notion d’intérêt général[9].
Le monde rural, parce qu’il cristallise plusieurs difficultés pour lesquelles les politiques classiques du développement et de l’innovation sont qualifiées d’inefficaces (accès aux services, isolement, pauvreté…)[10], parce qu’il héberge des communautés de taille réduite et bénéficiant d’une cohésion marquée, est susceptible de favoriser l’émergence d’innovations sociales, c’est-à-dire de nouvelles façons d’agir ensemble[11]. Certains auteurs suggèrent même que, situés à la périphérie des États, les espaces ruraux peuvent avoir connu des modes appauvris de gouvernement ce qui laisse une plus grande possibilité à des formes de gouvernance innovantes, « par-delà l’État », d’émerger[12]. Sans que toutefois ce lien ne leur soit exclusif, sans nier non plus le processus complexe et global d’urbanisation et de globalisation des pratiques habitantes en milieu rural[13], ces espaces sont également là où les ressources naturelles sont présentes en grand nombre et où les rapports à la nature, sa fréquentation, sont quotidiens[14].
Aussi nous paraît-il pertinent d’étudier les conditions et formes d’expression des Nouvelles Lumières et de leur mise à l’épreuve dans un tel contexte. Autrement dit, quelles convergences ces initiatives rurales situées connaissent-elles avec les Nouvelles Lumières ? Nous proposons des premiers éléments de réponse à partir de l’étude, compréhensive et de nature exploratoire, des candidatures à un concours d’innovation rurale en Corse, Paes’innov.
- Paes’innov, un concours d’innovation rurale en Corse
Paes’innov est un concours d’innovation rurale initié par la chaire Mutations et Innovations Territoriales (MIT – Université de Corse) et accompagné par plusieurs partenaires publics et privés afin de mettre en valeur des initiatives innovantes ayant un impact dans l’espace rural insulaire[15]. Il est inspiré de démarches similaires, notamment d’un concours national d’innovation rurale porté par l’université Paris-Dauphine et l’association « Bouge ton coq ». Celui-ci avait pour vocation de mettre en valeur des démarches novatrices mais estimées peu visibles car prenant place dans des territoires de marges.
Ce concours prend tout son sens en Corse, territoire à dominante rurale soumis à plusieurs formes de vulnérabilités. Son économie connait une spécialisation marquée dans le tourisme et le bâtiment[16], ainsi qu’un poids significatif du tertiaire administratif. Les emplois pas ou peu qualifiés sont surreprésentés de même que les non-diplômés (17% environ) malgré l’existence d’une offre d’enseignement supérieur. À cela, s’ajoute un problème de pauvreté, notamment pour les jeunes et les personnes âgées.
La Corse connaît également de forts déséquilibres territoriaux qui interrogent la place que jouent les espaces ruraux dans la prospérité de l’île. Elle compte 330 045 habitants, ce qui en fait la région la moins densément peuplée de France métropolitaine. Les agglomérations de Bastia et d’Ajaccio, villes principales de l’île, réunissent à elles seules près de la moitié de la population. Elles concentrent aussi la majorité des emplois, des services mais aussi des commerces. De manière plus générale, la population se localise préférentiellement le long des littoraux. L’intérieur, montagneux, est qualifié d’espace en déprise, de territoire vieillissant[17]. Pour autant, l’histoire montagnarde de l’île a façonné une société où les habitants demeurent attachés à leur village d’origine et affichent leur fierté de la tradition agropastorale et rurale régionale[18].
Bien que le concours Paes’innov ne porte donc pas spécifiquement sur l’innovation sociale, les espaces ruraux constituent des lieux où se combinent rareté des ressources humaines et financières, limites, voire lacunes, des services publics… Ils constituent un creuset pour l’avènement de ce type d’innovation.
Les cadres de Paes’innov partagent par ailleurs de fortes similarités avec ceux de l’innovation sociale[19][20], que nous appréhendons, à ce niveau d’étude préliminaire, au sens large. Qu’il s’agisse d’entreprises, de collectivités publiques ou d’associations, toute personne morale pouvait postuler dès lors que son projet avait un impact social sur une commune rurale corse. Ils étaient par ailleurs évalués sur leur capacité à répondre à un besoin identifié du territoire et à mobiliser les acteurs locaux.
- Une diversité de candidatures visant l’amélioration du quotidien dans le rural
Ouvert de juillet à début octobre 2024, Paes’Innov a rassemblé cinquante-et-une candidatures (figure 1). Celles-ci représentent un ensemble d’initiatives innovantes visant à revitaliser les zones rurales de Corse à travers le concours Paes’Innov. Les projets sont portés par divers acteurs (tableau 1). Leur objectif principal peut être à dominante économique, sociale ou culturelle.

Figure 1 : localisation des candidats ayant répondu à Paes’Innov (2024)
Tableau 1: candidatures soumises à Paes’innov en 2024
Type de portage | Entreprise | Association | Collectivité publique |
Objectif principal | |||
Revitalisation de l’économie par la valorisation des ressources et les circuits courts | 9 Marketplace alimentaire, microbrasserie, réutilisation d’huiles alimentaires, culture de figuiers de barbarie, agroforesterie, valorisation du liège, atelier cosmétique… | 8 Réemploi, collecte de cornes pour la coutellerie et de la laine, foires rurales, épicerie et café participatif, logistique circuits courts, tiers-lieu… | 5 Pôle agroalimentaire, tiers-lieu, agritourisme, ferme maraichère aquaponique |
Renforcement du lien social par l’inclusion et la proximité | 3 Camion photo itinérant, prévention des risques environnementaux, inclusion des personnes à mobilité réduite | 5 Accompagnement autisme, maintien à domicile des séniors, insertion par le maraichage, tiers-lieu culturel, conciergerie rurale | 4 Épicerie sociale, logements sociaux et espace polyvalent, tiers-lieu, données de santé pour tous |
Dynamisation par la culture, le patrimoine et la participation citoyenne | 1 Photographie | 11 Art itinérant, expérience artistique du paysage, Restauration de sentiers et art contemporain, tiers-lieu, volontariat rural, émissions de podcast, jeu sérieux pour l’aménagement, hydrologie régénérative, danse, résidence d’artistes, restauration de petit patrimoine | 5 Écomusée, festival itinérant, Fablab, parcours de pêche et patrimoine |
L’innovation telle qu’appréhendée dans ces candidatures s’inscrit dans une démarche de réinvention des modèles territoriaux pour répondre aux défis de l’insularité, du vieillissement de la population et de la désertification rurale. Elle est présentée par les candidats comme un levier pour dynamiser l’économie locale tout en restaurant et en renforçant le tissu social des villages. Nous y retrouvons ainsi les caractéristiques de l’innovation sociale, comprise dans son acception large[21] : les projets, parfois d’initiative individuelle et marchande, servent une vision plus globale de développement territorial intégré[22], où l’économie est encastrée dans des exigences de bien-être social et/ou adopte de nouvelles modalités (économie de services, circularité[23]…).
L’innovation passe également par une réappropriation collective de l’identité corse et une implication active des habitants dans le futur de leur territoire. L’itinérance culturelle et artistique en est un vecteur pour plusieurs projets. La transmission et la sauvegarde du patrimoine sont des leviers d’initiatives variées : l’un propose de restaurer des chemins anciens et d’y installer des œuvres d’art pour reconnecter les habitants à leur histoire. Une association mobilise des bénévoles pour restaurer le petit patrimoine bâti (fontaines, fours). Un projet communal de tiers-lieu mêle réhabilitation de terres agricoles et écomusée pour transmettre les savoir-faire traditionnels…
Plusieurs projets proposent enfin de nouvelles formes de participation publique : la convivialité comme outil de concertation citoyenne pour recueillir la parole des habitants sur des projets communaux, le « jeu sérieux » pour aider les élus et les citoyens à simuler l’aménagement de leur village de manière ludique et collaborative, le lancement de services civiques ruraux…
Par une approche exploratoire et compréhensive, nous proposons de rendre compte des modalités d’interaction entre innovation sociale et « nouvelles lumières » à partir des candidatures faites à la première édition de Paes’innov et de l’analyse de leur contenu.
Notre matériau d’enquête rassemble tous les dossiers de candidatures, chacun étant composé d’une présentation opérationnelle du projet en cinq pages environ, comportant : la présentation de la personne morale portant le projet et de ses partenaires, le lieu du projet et son territoire d’impact, le projet en lui-même (genèse et principes, niveau d’avancement, moyens humains et financiers requis), les impacts constatés ou attendus sur le quotidien du rural, les perspectives du projet.
Nous avons analysé le contenu de ces candidatures à l’aune de trois thématiques qui nous paraissent structurantes dans le courant des Nouvelles Lumières : celle de l’altérité sociale et des expressions démocratiques, celle du rapport au vivant, celle du rapport à la technologie et d’une forme de rationalité critique.
Nous avons cherché à identifier les valeurs, idées et principes, au nom desquels les projets sont menés à bien et soumis à évaluation. Deux méthodes d’analyse de contenu ont été mobilisées : l’une par Intelligence Artificielle (NotebookLM) afin d’établir des tendances dans le corpus, l’autre manuelle afin de nuancer les premiers résultats et de mieux faire apparaitre la diversité, la disparité des postures et valeurs dans les candidatures.
- Des valeurs en convergence avec les « Nouvelles Lumières » ?
Les projets analysés portent une vision de société centrée sur le progrès humain, la justice sociale et l’harmonie avec le vivant. Pour autant, les conditions d’application de ces valeurs, la nature pragmatique et opérationnelle des candidatures présentées peut conduire à identifier des nuances vis-à-vis des principes fondateurs des Nouvelles Lumières. C’est ce qui nous a conduit à opérer une quatrième lecture thématique, relative à l’ancrage territorial des projets analysés.
- Altérité sociale
L’inclusion est la valeur cardinale des projets soumis, visant à garantir la dignité et l’égalité des chances pour tous les citoyens, indépendamment de leur situation socioéconomique ou de leur localisation géographique. Un projet défend par exemple la justice alimentaire en permettant aux foyers précaires d’accéder à des produits de qualité dans un cadre non stigmatisant (boutique solidaire). D’autres visent à rendre le monde « accessible à toutes et à tous », luttant contre la discrimination territoriale qui touche les personnes à mobilité réduite ou isolées. Une association propose des ateliers artistiques mixtes où valides, personnes en situation de handicap et seniors partagent un espace de création commun. Les projets intégrant la réinsertion par l’emploi sont également représentés. C’est notamment le cas du projet communal de ferme aquaponique qui fait travailler des résidents d’ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) pour démontrer que « même une agriculture de pointe peut s’inscrire dans une démarche inclusive ».
Plusieurs projets misent sur l’intelligence collective pour réinventer la gouvernance locale. Une communauté de communes propose un festival itinérant où il s’agit d’utiliser la tradition du repas partagé comme un levier inédit de concertation citoyenne et recueillir les idées des habitants sur l’avenir de leur territoire. L’un des tiers-lieux communaux en projet adopte la forme d’une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) dans le but de formaliser la collaboration entre agriculteurs, artisans, institutions et citoyens pour une gestion durable et transparente des ressources. Plusieurs projets cherchent également à s’inspirer de pratiques sociales anciennes comme les « chjame » ou « operate » (entraide collective) pour reconstruire une forme de cohésion sociale locale.
Nous notons ainsi une forme de convergence avec les valeurs des Nouvelles Lumières où il s’agit d’agir en considération[24] de l’autre et de garantir la participation démocratique de tous, notamment par le débat. Néanmoins, l’action prime sur la théorie : la démocratie participative est conditionnée par le « faire ensemble ». Le lien social se (re)construit ainsi – confectionner un repas, nettoyer un sentier – dans la localité et la proximité, plutôt que par le seul débat d’idées. Là où les Nouvelles Lumières appellent à l’universalité des idées, la nature située de la solidarité mise en avant dans les projets nous interroge par ailleurs quant à sa portée, sociale et cognitive.
Plus généralement, une écrasante majorité des projets candidats revendique un enracinement local et identitaire très fort. De nombreux projets placent la langue corse et l’identité insulaire non comme des accessoires, mais comme des conditions de réussite. Là où les Lumières pourraient prôner une citoyenneté globale, ces projets affirment que le progrès passe par la réappropriation de racines spécifiques. S’agit-il d’un paradoxe insurmontable ? Ces deux tendances sont-elles incompatibles ?
- Rapport au vivant
La philosophie des Nouvelles Lumières intègre la nature comme un sujet de droit et une responsabilité collective[25]. Les projets étudiés traduisent cette valeur par une tendance de fond marquant la transition depuis l’exploitation générale des ressources naturelles vers leur nécessaire régénération.
L’analyse des sources révèle toutefois une distinction nette mais complémentaire dans la manière dont le lien à la nature est appréhendé. Pour les documents axés sur l’alimentation et l’agriculture, la nature est un système biologique vivant à régénérer pour assurer la survie du territoire, un partenaire dont il faut restaurer les cycles. Les autres documents (culturels, sociaux, technologiques) la considèrent davantage comme un espace d’expérience (décor), un patrimoine mémoriel ou un risque à gérer.
Ces documents montrent donc une tendance générale, un désir partagé d’instaurer, de restaurer une culture commune du vivant. Si les documents agricoles ont un lien organique et productif à la nature (la terre qui nourrit), les autres documents cultivent un lien plus symbolique quoique protecteur (la terre qui relie et qu’on protège). Qu’il s’agisse de « cultiver l’eau » ou de danser dans les vignes, l’objectif est de rendre le territoire à nouveau habitable et désirable en harmonisant les activités humaines avec les milieux naturels.
Si ces tendances témoignent, chacun à leur manière, d’une reconsidération de la nature comme acteur de notre quotidien, sont-elles également des indicateurs de décentrement de l’humain ancré dans une ontologie anthropocentrique ? Le projet communal de ferme aquaponique nous parait emblématique de cette possible tension : initiative visant à contribuer à la souveraineté alimentaire locale en s’appuyant sur l’insertion par le travail et en opérant « 95% d’économie d’eau », celle-ci repose sur la mise en culture de végétaux hors-sol connectée à un élevage aquacole. Il ne s’agit pas ici de déconstruire la pertinence d’une telle démarche mais de s’interroger sur le rapport entretenu aux végétaux, aux animaux lorsque ceux-ci sont ainsi mis au service d’un projet humain, au point, peut-être d’ignorer leur propre nature.
Ce rapport à des techniques novatrices nous conduit à interroger plus généralement la place de la rationalité critique et de l’éthique technologique dans les projets soumis à Paes’innov.
- Rationalité critique et éthique technologique
Là où les Nouvelles Lumières s’interrogent souvent sur les limites éthiques des technologies globales (IA, génétique), les documents étudiés conçoivent la technologie comme un outil au service du bien commun, du désenclavement des populations et de proximité.
Au lieu d’une technologie déshumanisante, les projets comme le Fablab d’un collège utilisent le numérique pour développer les « soft skills » des élèves et réduire la fracture territoriale. Une application utilise le smartphone comme un outil d’intérêt général permettant la prévention des incendies et l’acculturation au risque. Une entreprise a mis au point un procédé industriel de saponification des huiles usagées validé par une analyse de cycle de vie, prouvant que la recherche scientifique peut être le moteur d’une écologie industrielle performante.
Dans le cas d’un Marketplace alimentaire ou d’une association pour le bien-vieillir, la technologie (plateforme numérique, télémédecine) sert à compenser les handicaps géographiques. L’enjeu n’est pas de définir une éthique universelle de la « tech », mais de s’assurer qu’elle ne crée pas de nouvelles fractures territoriales.
Nous pouvons regretter que la nature opérationnelle des projets soumis (liée aux contraintes du concours) les défasse d’une approche réflexive ou critique que l’on pourrait pourtant attendre d’initiatives liant technologie et innovation sociale[26].
Lorsque des éléments de rationalité critique sont observables dans les projets, ils sont souvent intégrés dans un argumentaire visant l’usage de savoirs dits « vernaculaires » (savoirs locaux, paysans, non académiques), ce qui peut différer d’une vision de la science descendante et purement technocratique.
Un projet associatif liant une diversité d’acteurs (dont des chercheurs) travaille ainsi à l’interface entre des indicateurs technologiques (capteurs scientifiques) et des « pratiques culturelles collectives se rapportant aux travaux de subsistance ». Ce type de démarche est partagé par un autre projet qui vise à créer une communauté locale qui intègre à parts égales les « savoirs locaux et scientifiques ». La validité d’une solution ne repose pas seulement sur sa rationalité théorique, mais sur son adéquation avec l’expérience vécue des anciens. Ancrée dans la notion de « bon sens paysan », cette expérience vécue est représentée comme cohérente, en phase avec les ressources du milieu et leur logique. L’enjeu est dès lors, pour les porteurs de projet en question, de se reconnecter avec des pratiques plus vertueuses sur le plan écosystémique :
En valorisant les savoirs locaux et les pratiques agroforestières ancestrales, il participe à la réappropriation des terres par les populations locales, renforçant ainsi la cohésion sociale et le lien entre les générations. Les programmes de sensibilisation mis en place touchent un large public : agriculteurs, professionnels, scolaires, visiteurs.
Alors que la philosophie des Lumières a souvent été associée à une rupture avec le passé et les traditions (perçues comme des obscurantismes), les initiatives corses prônent plutôt une continuité enrichie. Une association visant la mise en œuvre d’un itinéraire artistique en pleine nature affirme explicitement qu’« il n’y a pas de possibilité d’un demain sans qu’il n’y ait eu d’hier ». Il s’agit de faire « s’entrechoquer positivement » l’ancien et le contemporain.
Cette démarche ne va pas sans nous rappeler l’approche proposée par Barthélémy et Duhem[27] qui, dans une réactualisation des travaux de Simondon, placent dans la culture technique les fondements d’une civilisation écologique moderne au service d’un projet de Nouvelles Lumières[28]. Cette culture technique, faite de gestes et de langages, vue comme un prolongement liant homme et nature[29], est située, dans le temps et dans l’espace. C’est par ce prisme qu’un dialogue entre principes et valeurs universels et réponses situées nous semble à la fois opérable et fécond.
Discussion et perspectives
Cet article constitue un examen à visée exploratoire d’une variété d’initiatives recensées dans le cadre d’un concours régional d’innovation rurale, Paes’Innov. Les projets soumis à candidatures promeuvent un autre modèle de vivre-ensemble, en jouant respectivement sur la revitalisation économique de territoires ruraux, sur la santé et le bien-être des populations ou sur la revalorisation du patrimoine culturel et naturel local. Nous avons posé le postulat que, visant l’amélioration du quotidien dans l’espace rural, ces initiatives relevaient de l’innovation sociale.
Nous avons voulu examiner dans quelle mesure les candidatures reçues convergent avec les principes et valeurs des Nouvelles Lumières telles que retranscrites par Corine Pelluchon[30]. Cette démarche a été féconde.
Nous avons effectivement constaté que ces projets partagent des valeurs structurantes gravitant autour de la notion de respect de l’autre, de sa dignité d’être humain. La recherche d’équilibre entre attentes économiques et problématiques sociales évolue vers l’idée de progrès humain et prend distance avec les valeurs économicistes du XXe siècle.
La nature prend également une place significative dans les projets analysés, dans une optique de cohabitation, que celle-ci soit contemplative, créative ou productive. Dans ce contexte, les initiatives qui connaissent une dimension technique actent d’un rapport au progrès en cours de renouvellement, qui cherche à concilier les changements technologiques avec les valeurs humanistes et écologiques des Nouvelles Lumières.
Néanmoins, plusieurs facteurs de divergences sont notables : la nature située et enracinée de nombreuses démarches qui pourrait apparaitre comme contradictoire avec l’approche universaliste connue des Lumières ; la faiblesse d’une dimension réflexive et/ou critique qui joue également sur une éthique sociale ou technique peu développée, là où les Nouvelles Lumières appellent à un décentrement de l’humain et à un regard critique sur nos usages. Ces projets font preuve d’une démarche fondamentalement opérationnelle, visant à répondre à des problématiques localisées, ce qui porte au second plan ou limite des réflexions plus générales d’ordre éthique ou théorique.
Selon nous, ces décalages ne sont pas nécessairement des oppositions insurmontables, mais plutôt des adaptations aux réalités du terrain : privilégiant parfois l’ancrage local, la tradition et la résilience pratique sur des concepts plus abstraits. Ces initiatives corses constituent une forme de « Lumières de terrain » : elles conservent l’idéal de progrès humain et d’inclusion, mais elles le traduisent par une valorisation de la singularité, du patrimoine et du « bon sens local », là où la philosophie originelle des Lumières pouvait parfois être perçue comme trop globale et déconnectée des identités territoriales.
Cet examen préliminaire d’initiatives rurales à l’aune du concept d’innovation sociale et des principes des Nouvelles Lumières est finalement riche de nouvelles questions et de perspectives de recherche.
En effet, force est de constater que certains sujets sont surreprésentés qu’il s’agisse de l’inclusion et de la participation citoyenne, de la préservation d’un patrimoine « passé », la réactualisation de savoirs vernaculaires ou de projets liés à l’agriculture et à l’alimentation. S’agit-il de spécificités des espaces ruraux ? de tendances de notre temps ?
Ce prix repose sur le volontariat et donc sur une vue partielle des initiatives individuelles et collectives en Corse. Son analyse présente l’intérêt d’offrir une vue, quoique partielle, de la variété des projets à l’œuvre, de la palette des sujets abordés, et de la façon dont ils sont abordés. Ces documents dessinent ainsi les premiers contours d’une Corse « île-laboratoire » [31] où s’interroger sur l’ancrage spatiotemporel des initiatives et explorer les tenants d’une rationalité tout à la fois située et ancrée dans l’universalité qu’imposeraient les crises de notre temps.
Cet examen exploratoire constitue finalement un point de départ pour explorer les aspects critiques, réflexifs et transformatifs des projets identifiés, ceci dans une démarche plus approfondie : une enquête de terrain.
[1] Corine Pelluchon, Les Lumières à l’âge...
[1] Corine Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, Paris, Seuil, 2021, p. 34.
[2] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 12.
[2] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 12.
[3] Jean-Hugues Barthélémy et Ludovic Duhem, « Introduction. Ce que veut dire
[3] Jean-Hugues Barthélémy et Ludovic Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “Nouvelles Lumières” », in Écologie et technologie, J.-H. Barthélémy et L. Duhem, Paris, Éditions Matériologiques, Essais, 2021, p. 13–28.
[4] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “Nouvelles Lumières” ».
[4] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “Nouvelles Lumières” ».
[5] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 21.
[5] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 21.
[6] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 27–28.
[6] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 27–28.
[7] Juan-Luis Klein, Jean-Louis Laville et Frank
[7] Juan-Luis Klein, Jean-Louis Laville et Frank Moulaert, « L’innovation sociale », in L’innovation sociale, Érès, 2014, p. 7–44.
[8] Bureau of European Policiy Advisers, empowering people, driving change
[1] Bureau of European Policiy Advisers, empowering people, driving change. Social innovation in the European union, 2010. Citation traduite par Chiffoleau et Paturel (2018).
[9] Yuna Chiffoleau et Dominique Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts
[9] Yuna Chiffoleau et Dominique Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités », in Innovation et développement dans les systèmes agricoles et alimentaires, Guy Faure, Yuna Chiffoleau, Frédéric Goulet, Ludovic Temple, Jean-Marc Touzard, éditions Quae, 2018, p81-93.
[10] Mary O’Shaughnessy, Gabriela Christmann, and Ralph Richter, "Introduction. Dynamics
[10] Mary O’Shaughnessy, Gabriela Christmann, and Ralph Richter, "Introduction. Dynamics of Social Innovations in Rural Communities", Journal of Rural Studies, 99, 2023, p. 187–192.
[11] Georgios Chatzichristos and Barraí Hennebry, “Social Innovation in Rural Governance:
[11] Georgios Chatzichristos and Barraí Hennebry, “Social Innovation in Rural Governance: A Comparative Case Study across the Marginalised Rural EU”, Journal of Rural Studies, 99, 2023, p. 193–203.
[12] Joanie Willett, “Place-Based Rural
[12] Joanie Willett, “Place-Based Rural Development: A Role for Complex Adaptive Region Assemblages?”, in Journal of Rural Studies, 97, 2023, p. 583–90.
[13] Marc Mormont, « Globalisations et écologisations des campagnes »
[13] Marc Mormont, « Globalisations et écologisations des campagnes », in Études rurales, 183, 2009, p. 143–60.
[14] Philippe Hamman, « Ruralité, nature et environnement », in Ruralité, nature et environnement, Philippe Hamman, Érès, 2017, 7–58.
[14] Philippe Hamman, « Ruralité, nature et environnement », in Ruralité, nature et environnement, Philippe Hamman, Érès, 2017, 7–58.
[16] INSEE 2019, La Corse en bref, Ajaccio, 48 p.
[16] INSEE 2019, La Corse en bref, Ajaccio, 48 p.
[17] Voir par exemple, le schéma
[17] Voir par exemple, le schéma d’aménagement de développement et de protection des massif (2017).
[18] Elena Filippova, « La Corse : une voix à part dans le concert français ? » in Ethnologie française, 38.3, 2008.
[18] Elena Filippova, « La Corse : une voix à part dans le concert français ? » in Ethnologie française, 38.3, 2008.
[19] Nadine Richez-Battesti...[20] Chiffoleau et...
[19] Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, et Delphine Vallade, « L’innovation sociale, une notion aux usages pluriels : Quels enjeux et défis pour l’analyse ? » in Innovations, n°38.2, 2012 p. 15–36.
[20] Chiffoleau et Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités ».
[21] Richez-Battesti, Petrella, et Vallade...
[21] Richez-Battesti, Petrella, et Vallade, « L’innovation sociale, une notion aux usages pluriels »; Chiffoleau et Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités ».
[22] Jean Hillier, Franck Moullaert, et Jacques Nussbaumer...
[22] Jean Hillier, Franck Moullaert, et Jacques Nussbaumer, « Trois essais sur le rôle de l’innovation sociale dans le développement territorial », in Géographie, économie, société, 6.2, 2004, p. 129–52.
[23] Plusieurs projets transforment des résidus ou déchets en ressource, s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire : production d’engrais ou d'isolant à partir de laine ; collecte de cornes de brebis et chèvres (vouées à être jetées) pour fournir les couteliers locaux ; transformation des huiles alimentaires usagées en savon détergent industriel ; valorisation des résidus de liège pour fabriquer des blocs de construction biosourcés.
[23] Plusieurs projets transforment des résidus ou déchets en ressource, s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire : production d’engrais ou d'isolant à partir de laine ; collecte de cornes de brebis et chèvres (vouées à être jetées) pour fournir les couteliers locaux ; transformation des huiles alimentaires usagées en savon détergent industriel ; valorisation des résidus de liège pour fabriquer des blocs de construction biosourcés.
[24] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[24] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[25] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[25] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[26] Il faut concéder que les cadres du concours s’y prêtent peu, l’enjeu étant pour les candidats de convaincre le jury du bienfondé de leur projet.
[26] Il faut concéder que les cadres du concours s’y prêtent peu, l’enjeu étant pour les candidats de convaincre le jury du bienfondé de leur projet.
[27] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “nouvelles Lumières” ».
[27] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “nouvelles Lumières” ».
[28] Barthélémy et Duhem, « Introduction...
[28] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “nouvelles Lumières” ».
[29] Posture qui s’inscrit dans la continuité des travaux d’André Leroi-Gourhan, ethnologue et historien.
[29] Posture qui s’inscrit dans la continuité des travaux d’André Leroi-Gourhan, ethnologue et historien.
[30] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[30] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[31] Anne Meistersheim, L’île Laboratoire, Actes Du Colloque (19-21 Juin 1997), Éditions Alain Piazzola, 1999.
[31] Anne Meistersheim, L’île Laboratoire, Actes Du Colloque (19-21 Juin 1997), Éditions Alain Piazzola, 1999.
[1] Corine Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, Paris, Seuil, 2021, p. 34.
[2] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 12.
[3] Jean-Hugues Barthélémy et Ludovic Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “Nouvelles Lumières” », in Écologie et technologie, J.-H. Barthélémy et L. Duhem, Paris, Éditions Matériologiques, Essais, 2021, p. 13–28.
[4] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “Nouvelles Lumières” ».
[5] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 21.
[6] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant, p. 27–28.
[7] Juan-Luis Klein, Jean-Louis Laville et Frank Moulaert, « L’innovation sociale », in L’innovation sociale, Érès, 2014, p. 7–44.
[8] Bureau of European Policiy Advisers, empowering people, driving change. Social innovation in the European union, 2010. Citation traduite par Chiffoleau et Paturel (2018).
[9] Yuna Chiffoleau et Dominique Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités », in Innovation et développement dans les systèmes agricoles et alimentaires, Guy Faure, Yuna Chiffoleau, Frédéric Goulet, Ludovic Temple, Jean-Marc Touzard, éditions Quae, 2018, p81-93.
[10] Mary O’Shaughnessy, Gabriela Christmann, and Ralph Richter, « Introduction. Dynamics of Social Innovations in Rural Communities », Journal of Rural Studies, 99, 2023, p. 187–192.
[11] Georgios Chatzichristos and Barraí Hennebry, “Social Innovation in Rural Governance: A Comparative Case Study across the Marginalised Rural EU”, Journal of Rural Studies, 99, 2023, p. 193–203.
[12] Joanie Willett, “Place-Based Rural Development: A Role for Complex Adaptive Region Assemblages?”, in Journal of Rural Studies, 97, 2023, p. 583–90.
[13] Marc Mormont, « Globalisations et écologisations des campagnes », in Études rurales, 183, 2009, p. 143–60.
[14] Philippe Hamman, « Ruralité, nature et environnement », in Ruralité, nature et environnement, Philippe Hamman, Érès, 2017, 7–58.
[15] https://chaire-territoires.universita.corsica/article.php?id_site=73&id_art=7023&lang=fr
[16] INSEE 2019, La Corse en bref, Ajaccio, 48 p.
[17] Voir par exemple, le schéma d’aménagement de développement et de protection des massif (2017).
[18] Elena Filippova, « La Corse : une voix à part dans le concert français ? » in Ethnologie française, 38.3, 2008.
[19] Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, et Delphine Vallade, « L’innovation sociale, une notion aux usages pluriels : Quels enjeux et défis pour l’analyse ? » in Innovations, n°38.2, 2012 p. 15–36.
[20] Chiffoleau et Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités ».
[21] Richez-Battesti, Petrella, et Vallade, « L’innovation sociale, une notion aux usages pluriels »; Chiffoleau et Paturel, « L’innovation sociale par les circuits courts alimentaires : entre réseaux et individualités ».
[22] Jean Hillier, Franck Moullaert, et Jacques Nussbaumer, « Trois essais sur le rôle de l’innovation sociale dans le développement territorial », in Géographie, économie, société, 6.2, 2004, p. 129–52.
[23] Plusieurs projets transforment des résidus ou déchets en ressource, s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire : production d’engrais ou d’isolant à partir de laine ; collecte de cornes de brebis et chèvres (vouées à être jetées) pour fournir les couteliers locaux ; transformation des huiles alimentaires usagées en savon détergent industriel ; valorisation des résidus de liège pour fabriquer des blocs de construction biosourcés.
[24] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[25] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[26] Il faut concéder que les cadres du concours s’y prêtent peu, l’enjeu étant pour les candidats de convaincre le jury du bienfondé de leur projet.
[27] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “nouvelles Lumières” ».
[28] Barthélémy et Duhem, « Introduction. Ce que veut dire “nouvelles Lumières” ».
[29] Posture qui s’inscrit dans la continuité des travaux d’André Leroi-Gourhan, ethnologue et historien.
[30] Pelluchon, Les Lumières à l’âge Du Vivant.
[31] Anne Meistersheim, L’île Laboratoire, Actes Du Colloque (19-21 Juin 1997), Éditions Alain Piazzola, 1999.