Dialogue et conciliation des mémoires : la géocritique au service de l’« imaginaire polyphonique corse » (XVIIIe-XXIe siècles)

Résumé
Il y a quelques années, alors que nous nous penchions sur les différentes mémoires présentes en Corse, nous avions proposé la notion d’« imaginaire polyphonique », laquelle a vocation à rendre compte – par-delà les engagements politiques – de la diversité et de la complexité des représentations et des interprétations historiques. Aux antipodes d’un « roman national » ou même d’un « récit » univoque, à l’opposé de la pensée simplifiante, l’imaginaire polyphonique corse fait dialoguer – avec pour seule limite le « veto des sources » (Reinhart Koselleck) –, les différentes sensibilités, les généalogies idéologiques et familiales, ainsi que les logiques politiques présentes dans l’île : d’une part une interprétation « paolienne » – celle du mouvement national corse, lequel est aujourd’hui majoritaire –, d’autre part une interprétation exaltant la Corse française, évoquant volontiers un « lien indéfectible », idée que l’on peut partager ou pas. Mais il demeure également une mémoire génoise, notamment à Bastia et à Bunifaziu, une mémoire grecque à Carghjese, une forte mémoire napoléonienne – singulièrement à Ajaccio – et même une mémoire matriste (du nom de la famille ennemie de Paoli) au sein de certaines familles insulaires.  Les Corses d’aujourd’hui étant tous le produit d’une histoire tumultueuse et des représentations multiples qu’elle charrie, la reconnaissance et la valorisation de cet imaginaire polyphonique répond en outre à un besoin de cohésion de la société corse. En effet, non seulement les mémoires sont diverses et souvent opposées, mais de plus ces oppositions ont une traduction territoriale se retrouvant jusque dans l’odonymie : à Bastia un boulevard Paoli, à Corte un cours Paoli, à Ajaccio un cours… Napoléon !

Aussi, la construction et la reconnaissance d’un imaginaire historique complexe constituent l’un des éléments essentiels pour la réconciliation d’une communauté nationale avec elle-même.

S’agissant des approches théoriques que nous avons adoptées dans le cadre des travaux menés actuellement sur l’imaginaire polyphonique, nous nous référons principalement à la sociocritique – à savoir « la lecture de l’historique, du social, de l’idéologique, du culturel dans cette configuration étrange qu’est le texte » (Pierre Barbéris) –, ainsi qu’à la géocritique théorisée ces dernières décennies par Bertrand Westphal, sur laquelle nous insisterons plus particulièrement dans cet article.

La contribution que nous proposons tente de dépasser le simple cadre d’une analyse purement théorique appliquée à la Corse. D’une part, parce que l’imaginaire constitue une force conséquente de transformation de la réalité, et d’autre part parce que les problématiques rencontrées dans notre île sont souvent présentes en d’autres lieux, sous des formes quelque peu différentes.

Notamment au sein de la Méditerranée, région du monde à l’histoire singulièrement tourmentée.

Mots-clés : imaginaire polyphonique ; géocritique ; mémoire ; récit ; interprétation historique ; dialogue

Abstract : Dialogue and the reconciliation of memories: geocriticism applied to the « Corsican Polyphonic imaginary »

A few years ago, as we were examining the various forms of memory present in Corsica, we proposed the concept of the “polyphonic imaginary”, which aims to capture – beyond political commitments – the diversity and complexity of historical representations and interpretations. In stark contrast to a “national narrative” or even a univocal “story”, and opposed to simplistic thinking, the Corsican polyphonic imaginary fosters a dialogue – limited only by the “veto of sources” (Reinhart Koselleck) – brings into dialogue the various sensibilities, ideological and familial lineages, as well as the political logics present on the island: on the one hand, a “Paolian” interpretation – that of the Corsican national movement, which today represents the majority – and on the other hand, an interpretation extolling french Corsica, readily evoking an “unbreakable bond”, an idea one may or may not share. But there also remains a Genoese legacy, particularly in Bastia and Bunifaziu; a Greek legacy in Carghjese; a strong Napoleonic legacy – especially in Ajaccio – and even a Matrist legacy (named after Paoli’s rival family) within certain island families. Since today’s Corsicans are all the product of a tumultuous history and the multiple representations it carries, recognizing and celebrating this polyphonic imaginary also addresses a need for cohesion within Corsican society. Indeed, not only are memories diverse and often conflicting, but these conflicts also have a territorial expression that extends even to street names: in Bastia, there is a Boulevard Paoli; in Corte, a Cours Paoli; and in Ajaccio, a Cours… Napoleon!

Thus, the construction and recognition of a complex historical imaginary constitute one of the essential elements for the reconciliation of a national community with itself.

With regard to the theoretical approaches we have adopted in the context of our current work on the polyphonic imaginary, we refer primarily to sociocriticism – namely, “the reading of the historical, the social, the ideological, and the cultural within that strange configuration known as the text” (Pierre Barbéris) – as well as to geocriticism, theorized in recent decades by Bertrand Westphal, which we will emphasize in particular in this article.

The contribution we propose seeks to go beyond the simple framework of a purely theoretical analysis applied to Corsica. On the one hand, because the imagination is a significant force for transforming reality, and on the other hand, because the issues faced on our island are often present in other places, albeit in somewhat different forms.

This is particularly true within the Mediterranean, a region of the world with a singularly turbulent history.

Keywords : polyphonic imaginary ; geocriticism ; memory ; narrative ; historical interpretation ; dialogue

Le premier Forum des chaires Unesco de Méditerranée, en septembre 2026, a été l’occasion de revenir à nouveaux frais sur une question sensible et essentielle, singulièrement au sein de notre région du monde dont les peuples ont connu une histoire tourmentée : la nécessaire conciliation des mémoires historiques.

Il ne s’agit pas ici de parler de science historique, mais bien de mémoires, d’interprétations historiques élaborées, transmises et transformées par les peuples au cours des âges. Tout est ici affaire de représentations, tout à la fois mouvantes et pérennes, constitutives d’imaginaires présentant eux-mêmes sinon une véritable permanence extratemporelle, du moins une certaine continuité par-delà les siècles. Dans Les Cerfs-volants, Romain Gary nous donne un exemple de construction de la mémoire historique. Tzvetan Todorov observe que pour cet auteur, la mémoire collective doit être sélective et « consiste à retenir dans le passé ce qui nous apprend à vivre dans le présent »[1]. Comme on le voit, l’imaginaire historique n’est pas de l’ordre des futilités.

Précisons ici que le mot « imaginaire » ne doit aucunement être pris dans le sens de « ce qui se sépare du réel »[2] mais dans celui de « filtre » à travers lequel les humains perçoivent la réalité, filtre qui détermine par conséquent leurs actions.

Mais la question se pose alors : cet imaginaire, comment l’approcher ? Bien qu’il soit omniprésent dans le quotidien des peuples, la vie de tous les jours n’est pas nécessairement le lieu le plus praticable pour l’appréhender. La littérature et l’art, en revanche, apparaissent comme la voie royale vers l’imaginaire historique des nations. C’est à travers ses écrits, ses toiles ou son cinéma qu’un peuple montrera – à qui saura le voir – les représentations qu’il se fait de lui-même, des autres, ou encore des choses importantes de la vie… Or, c’est dans cet imaginaire que réside la mémoire historique, fruit d’une interprétation édifiée, partagée et léguée aux générations nouvelles. Ainsi, la littérature apparaît comme une porte d’entrée adéquate quand on se propose d’explorer la mémoire historique des peuples. Précisons que lorsque nous parlons de littérature, nous ne focalisons pas uniquement notre attention sur la triade poésie – roman – théâtre et n’écartons guère les autres genres (littérature d’information, historique, politique…), conformément à la définition de Marcel Mauss : « Dès qu’il y a effort pour bien dire, et pas seulement pour dire, il y a effort littéraire »[3].

S’agissant des approches théoriques que nous avons adoptées dans le cadre des travaux menés actuellement sur l’imaginaire polyphonique, nous nous référons principalement à la sociocritique[4] – à savoir « la lecture de l’historique, du social, de l’idéologique, du culturel dans cette configuration étrange qu’est le texte »[5] –, ainsi qu’à la géocritique théorisée ces dernières décennies par Bertrand Westphal, sur laquelle nous insisterons plus particulièrement dans cet article.

La géocritique

La « géocritique » est l’étude des interactions entre les espaces humains et la littérature (ainsi que d’autres arts). L’idée centrale est que les représentations littéraires et artistiques de ces espaces humains leur donnent une dimension imaginaire et contribuent à les transformer en les introduisant dans un réseau intertextuel (et intericonique). On considère ici que l’espace représenté, le fictionnel, n’est pas séparé du réel – ainsi que le professe le structuralisme – mais que les deux interagissent. Comme l’expose Bertrand Westphal :

« la représentation littéraire est incluse dans le monde, dans un réel élargi et dans un espace infiniment modulable qui est en prise directe sur une pluralité de discours »[6].

Cette « pluralité de discours » constitue autant de strates superposées et « réactivables à tout moment »[7].

Il s’agit donc d’une approche géocentrée dont le cœur est bien le lieu, tel qu’il a été transformé par différents auteurs, et non l’auteur et sa vision du lieu. Elle se caractérise par la « multifocalisation »[8] car on ne fait pas de la géocritique avec une seule œuvre mais avec un corpus dont les éléments textuels ou artistiques (romans, poésies, photographies, films, tableaux…) procèdent de points de vue différents : endogènes (autochtones) ; exogènes (voyageurs) ; allogènes (situation intermédiaire de ceux qui « se sont fixés dans un endroit », ce dernier n’étant plus « exotique » et n’étant pas encore « familier »)[9]. Il nous semble toutefois que ces trois cas proposés par Bertrand Westphal n’épuisent pas le champ des possibles : nous pensons notamment à l’écriture diasporique dont les auteurs sont des autochtones ayant été éloignés de leurs origines. Au reste, l’auteur lui-même reconnaissait récemment qu’il convenait de « dégager plus d’options »[10].

Observons que l’investissement – et donc la transformation – par la littérature et l’art de réalèmes (référents, unités élémentaires de réalité), c’est-à-dire d’espaces humains existant dans le monde réel, peut être en relation avec des enjeux de nature politique, singulièrement en situation coloniale ou post-coloniale. La géocritique prend en compte ces différents regards, ce qui présente un intérêt tout particulier en Méditerranée.

À ce stade, il importe de distinguer la géocritique d’approches voisines en matière de critique littéraire. Tout d’abord l’imagologie qui s’intéresse à la vision qu’un écrivain particulier a d’un territoire, ce qui peut être très utile dans le cas d’un récit de voyage. La géocritique, nous l’avons vu, est pour sa part géocentrée : elle travaille non sur un auteur mais sur un territoire déterminé à travers une pluralité de points de vue. Autre approche, la géopoétique[11] a pour objet le lien entre l’homme et la terre, mais dans une perspective philosophique, créative et sensible. Elle étudie comment l’espace nourrit l’écriture alors que la géocritique se demande comment l’écriture transforme le lieu. Ainsi, les deux démarches peuvent paraître complémentaires…

Afin de passer du général au particulier, un bref rappel historique sera susceptible d’illustrer le caractère heuristique de la démarche géocritique appliquée à la Corse[12].

Quelques orientations pour une géocritique de la Corse

Dans une telle perspective, nous pourrions remonter très loin dans le temps, évoquer les propos peu amènes sur la Corse et les Corses de Sénèque ou Strabon, ou encore convoquer les textes des autochtones, tels que la chronique médiévale de Giovanni della Grossa, ou l’histoire de la Corse de Petrus Cyrnaeus, écrite vers 1500, que le maître des Lumières italiennes Ludovico Antonio Muratori intègrera en 1723 à son anthologie Rerum Italicarum Scriptores… Mais nous partirons simplement du XVIIIe siècle, époque de la Révolution de Corse au cours de laquelle se cristallisa une forte tradition politique.

XVIIIe siècle : imaginaire national corse et regards extérieurs

Ce fut aussi le moment d’une vive polémique entre Corses et Génois, lesquels consacrèrent de nombreux textes à leurs visions respectives de la Corse, de Gênes et de leurs peuples. Ainsi, le conflit armé se doublait d’une guerre de propagande, cette dernière faisant apparaître la distance séparant deux systèmes de valeurs très différents et deux imaginaires collectifs réellement opposés… À cet égard, la Giustificazione della Rivoluzione di Corsica[13] constitue une véritable bible de l’imaginaire corse, contenant les représentations que les Corses se font d’eux-mêmes (courageux à la guerre, passionnés par les études…), mais également des Génois honnis (lâches au combat, parjures, mus par l’esprit de lucre…). On y trouve également une présentation de la Corse comme d’un pays de cocagne littéralement pillé par la puissance dominante. Bien entendu, dans cette guerre de communication, les Génois ne sont pas en reste. Réagissant notamment par la plume de Pier Maria Giustiniani qui a été évêque dans l’île[14], ils dressent un véritable réquisitoire contre les Corses : oisifs, violents…

L’édition de 1764 de la Giustificazione est un document fascinant par son caractère dialogique : outre le texte initial de 1758, il intègre la réponse de Giustiniani ainsi qu’une réplique à ses arguments ! Deux visions opposées dans un seul volume… Inutile de préciser que dans un cas comme dans l’autre, on s’attache à « construire » l’ennemi au sens que donne à ce mot Umberto Eco[15]. Quant à la Corse elle-même, la Giustificazione en expose toutes les richesses :

« La terre y produit du chanvre, du lin et toutes sortes de fruits, et recèle de nombreux filons de métaux et de marbres très fins (…) Les montagnes elles-mêmes ne sont pas infécondes, car riches en arbres et en pâturages, qui nourrissent une grande quantité de bétail »[16].

Tandis que les Génois la décrivent comme étant dans un tel état de pauvreté que ses habitants ne sont que de pauvres « mangeurs de pisticcini » (pains de farine de châtaigne)!

Ces simples échanges entre Corses et Génois du XVIIIe siècle nous font pénétrer de plain-pied dans la géocritique. Encore pourrait-on y ajouter les points de vue des Français, des Anglais, des Espagnols, qui suivaient avec attention les affaires de Corse. Ce sont bien ces regards multiples – véhiculés par des livres souvent traduits en plusieurs langues – qui ont construit les représentations de la Corse de l’époque et qui ont déterminé les politiques de l’ensemble des acteurs, qu’il s’agisse de l’institution d’un État indépendant (1755), de l’accord corso-britannique (Royaume anglo-corse, 1794) ou de la conquête française (1768-1769). Citons un exemple significatif : le livre apologétique de l’Écossais James Boswell[17] généra un considérable élan de sympathie des Anglais pour la Corse et figura ainsi parmi les causes du soutien britannique aux nationaux insulaires[18]. Et l’auteur ne vantait pas seulement ses « brave Corsicans » mais également les richesses de l’île. Naturellement, l’officier français François René Jean de Pommereul n’ira pas dans le même sens,  lorsqu’il écrira son Histoire de l’Isle de Corse[19] et il se moquera de Boswell qui n’avait vu en Corse « qu’un peuple de héros »[20]. Les points de vue sont ici diamétralement opposés, ce qui n’étonne guère si l’on prend en compte le contexte historique. Plus étrange, un texte de fiction qui aurait été écrit en pleine guerre de conquête de la Corse par un autre officier français demeuré anonyme: Dominique et Séraphine (1768)[21]. Cette histoire d’amour entre un soldat français et une jeune autochtone inaugurera, nous le verrons, une longue série de fictions littéraires françaises sur la Corse qui livreront une vision romantique imprégnée de « couleur locale ».

XIXe siècle : le poids du romantisme français

À la suite de l’annexion de la Corse par la France, cette dernière a mis en œuvre une politique de conversion culturelle de l’île : dès le XIXe siècle, en quelques décennies seulement, les Corses ont dû passer d’une diglossie italien-corse à une diglossie français-corse[22]. Cela ne s’est pas fait sans résistances. Certains auteurs, à l’instar du Bastiais Salvatore Viale, chercheront en vain à préserver l’italianité du pays. En ce siècle de transition, la littérature sera à la fois témoin et actrice des conflits. On assistera à une forte tension entre les romantismes français et italien, et à la fin du siècle à l’irruption d’une littérature écrite en langue corse. Mais la langue française, portée par l’administration et le système éducatif, s’imposera rapidement dans la vie publique comme dans le monde des lettres. Les auteurs français les plus en vue écriront des textes sur la Corse dont Colomba de Mérimée demeurera le parangon. Déjà, son Mateo Falcone, publié alors qu’il n’était jamais venu en Corse, donnait une idée particulièrement sauvage des mœurs insulaires. Il relate, comme on le sait, la mort d’un enfant des mains de son père, lequel ne pouvait lui pardonner d’avoir déshonoré la famille en dénonçant un bandit. Mais c’est bien la fortune éditoriale de Colomba, cette Électre corse qui n’aura de cesse de pousser son frère à la vengeance, qui aura le plus d’influence sur l’image de la Corse à l’extérieur, mais également sur les représentations que les Corses se font d’eux-mêmes ! Déjà, dans sa Chasse au Mouflon relatant un voyage dans l’île en 1887, Émile Bergerat rapportait les propos d’un officier présentant les Corses comme des « victimes de la littérature » : « Depuis la Colomba de Mérimée, le Corse marche, agit et parle comme s’il se sentait étudié par un major anglais spleenique et aquarellisé par sa fille. Il a la pose voulue au frontispice de ce roman fatal, et il porte son fusil comme Orso le portait. »[23] Sous l’ironie, une vérité : la force de la littérature, transformatrice des imaginaires et donc des comportements réels. En moins de cinquante ans, Colomba et son frère, personnages de fiction[24] nés sous la plume d’un continental, étaient devenus des modèles de corsité ! 

Dans son roman Fede e bellezza, Tommaseo présente une image de l’île très différente de celle des auteurs français de l’époque, toute de beauté et de vérité. Ses personnages corses aspirent à la pureté, à la vertu. Son héroïne Maria est fort éloignée de la figure de Colomba. Tommaseo ne choisit pas de raconter une histoire de vengeance, à la différence des romantiques français qui « figent l’exotisme du peuple insulaire dans la vendetta. »[25] Romantique, Tommaseo l’était également. En témoigne son vif intérêt pour les humbles et pour la poésie populaire. Mais sa vision de l’île apparaît comme très éloignée de celle dessinée par ses contemporains français. Si pour les romantiques hexagonaux la Corse était avant tout la patrie de Napoléon – personnage dont l’image fluctua durant tout le siècle, au gré des événements politiques, entre légende dorée et légende noire –, elle est essentiellement pour Tommaseo le pays de Pasquale Paoli, héros qu’il propose à l’Italie du Risorgimento comme modèle de foi patriotique[26]. Comme on le voit, les thèmes abordés et l’image positive de la Corse véhiculée par Tommaseo contrastent avec les textes français de l’époque, mais ils auront moins d’effet que ces derniers sur les imaginaires. Quant à la littérature écrite de langue corse, elle est encore balbutiante à la fin du XIXe siècle. Aussi, ce sera le romantisme français qui pénétrera en profondeur la société insulaire et qui influera largement sur l’idée que les Corses se font de la corsité… Ce courant inventera notamment, et diffusera en Corse comme à l’extérieur, le mythe du « bandit d’honneur », un oxymore auquel, au siècle précédent, les Corses de Paoli n’auraient jamais pensé, convaincus qu’ils étaient que les bandits constituaient la lie de la société corse[27]… Certes, il y eut aussi des vengeurs qui – en l’absence d’institutions judiciaires fiables – durent légitimement accomplir la vendetta selon le code coutumier et demeurer ensuite sur le chemin de l’honneur. Le problème est que le romantisme français les a mêlés à la masse des marginaux, souvent psychopathes du reste, qui constituaient l’écrasante majorité de ceux que l’on qualifiait étonnamment de « bandits d’honneur ». Cette expression s’est pourtant imposée à un point tel que bien plus tard, lors de l’Occupation, nos résistants – qui n’avaient rien de bandits – n’hésitèrent pas à se désigner ainsi eux-mêmes !

Machja corsa ! Banditi d’onore / No’ saremu in nome d’a Libertà.
(Maquis corse! / Nous serons bandits d’honneur au nom de la Liberté.)
Chant des maquisards corses, 1943[28].

En fait, cette Corse exotique dont la vendetta est l’alpha et l’oméga et où le maquis est saturé de « bandits d’honneur », a été créée par le romantisme français tout comme, à la même époque et selon la thèse d’Edward Saïd, l’Orient a été créé par l’Occident[29]. Or cette Corse exotique n’a pas disparu aujourd’hui ; elle constitue, selon l’approche géocritique, une couche profonde dans la « stratigraphie » insulaire. Une couche réactivable « à tout moment »[30]…

Le XXe siècle : soubresauts et hésitations de l’histoire

À la fin du XIXe siècle naquit le cinéma qui devint rapidement un producteur massif de représentations, un transformateur d’imaginaires et donc, du point de vue géocritique, un créateur d’espaces humains. S’agissant de la Corse, il reprit les deux principales thématiques de la littérature romantique sur la Corse, Napoléon et la vendetta, solidement installées depuis 1840 – qui fut à la fois l’année du retour des cendres de l’empereur et celle de la publication de Colomba[31]. S’agissant du plus célèbre des Corses, le film de référence demeure depuis un siècle le Napoléon d’Abel Gance, malgré tous ceux qui se sont succédé depuis et qui n’ont manifestement pu l’égaler. On peut lire sur ce point l’article de l’historien américain David A. Bell, qui compare le Napoléon de Gance (1927) à celui de Ridley Scott (2023)[32]. En ce qui concerne spécifiquement la Corse, l’interprétation historique par Gance du rôle de Paoli est aux antipodes de ce qui est admis aujourd’hui par les historiens, mais correspond en revanche au roman national de la IIIe République. Elle rejoint aussi d’une certaine manière le schéma structurant Colomba : Paoli est présenté comme le vieux chef d’une Corse primitive et sauvage, par opposition à Bonaparte qui a été éduqué en France. Dans la nouvelle de Mérimée, Orso, demeuré longuement en France, s’est détaché des mœurs corses et de leurs règles archaïques, tandis que sa sœur restée au pays le presse d’accomplir la vendetta. Dans les deux cas, la vision promue est bien celle d’une terre et d’un peuple éloignés de la civilisation et qui ne peuvent se rapprocher de cette dernière que par l’exil en France.

Mais le plus significatif est ce que révèle le tournage du film, à savoir la ferveur étonnante manifestée par la population ajaccienne : les acteurs sont acclamés comme si la famille impériale était de retour ; des autels votifs sont installés ; des cierges sont allumés… Dans les ruelles qui ont vu grandir Napoléon, à cent-cinquante ans de distance, l’histoire reprend possession des pierres et des hommes. Comme l’écrit Jean-Dominique Poli :

Avec la masse des figurants passionnés, les lieux sont investis par l’esprit du temps, les rues d’Ajaccio, la grotte où l’enfant venait méditer, tout semble reprendre sens[33].

En fait, le film rejoignait, avant même d’être achevé et diffusé, un réseau intertextuel composé de créations littéraires, de livres d’histoires, ainsi que de récits portés par la tradition orale. Sans compter l’iconographie et la statuaire publique ajaccienne qui faisait déjà à l’époque la part belle à Napoléon et à la famille impériale…

L’autre thématique issue du romantisme français sur la Corse dont s’est emparé le cinéma et l’opéra : la vendetta, et spécialement le Colomba de Mérimée qui a donné lieu jusqu’à nos jours à de nombreux films et adaptations lyriques. On peut notamment citer le court-métrage de Travers Vale en 1915[34] ou le film d’Émile Couzinet de 1948 avec l’artiste lyrique bastiais José Luccioni[35]. Mais l’œuvre qui paraît la plus intéressante, du point de vue qui est le nôtre, est le Colomba d’Ange Casta en 1968. Il manifeste en effet une volonté de réappropriation culturelle en subvertissant le texte mériméen. En effet, le réalisateur – qui est lui-même corse – formule à travers son film une claire protestation contre l’idée qui sous-tend le texte de Mérimée, à savoir le caractère irrationnel de la vendetta. Sans contester que le recours à la justice institutionnelle soit préférable à la pratique vendettaire, il affirme que cette dernière était aussi un mode traditionnel et codifié de régulation sociale. Comme l’écrit l’historienne du droit Nathalie Goedert :

« Contrairement à Mérimée qui sous couvert de romanesque accuse et méprise des usages surannés, c’est en la replaçant dans le cadre du droit coutumier qu’Ange Casta interroge la légitimité de la vengeance, rappelant qu’elle fut, en son temps, un mode légitime de règlement des conflits. »[36]

Déjà, en 1920, dans Le droit de la vendetta et les paci corses, Jacques Busquet le faisait observer : « qui dit but de justice dit : but juridique »[37]. Il est à souligner que depuis les années 1990, des chercheurs allemands reconnaissent à la pratique de la faide (Fehde), système gemanique de guerre privée, une fonction de règlement infra-judiciaire des conflits[38]. Ici, l’idée promue par le romantisme français d’une Corse irrationnelle est formellement contredite par Casta. Son geste revêt une considérable valeur transgressive car il détourne radicalement le sens de la nouvelle de Mérimée et s’attaque frontalement à l’ethnotype corse :

« En désacralisant le texte de Mérimée, Casta déplace et complexifie les images héritées du XIXe siècle, opérant une dés-essentialisation explicite des stéréotypes associés à la Corse. »[39]

Si l’œuvre mériméenne (y compris Mateo Falcone), dotée d’une considérable puissance éditoriale et cinématographique, a largement contribué à construire une vision de la Corse irréductiblement sauvage et archaïque, avec ses montagnes et ses maquis peuplés de bandits, le Colomba de Casta en prend le contre-pied et participe de cette stratigraphie enrichie au XXe siècle et jusqu’à nos jours.

Comme nous venons de le voir avec le cinéma qui, en Corse, s’inscrivit largement dans les orientations du romantisme, le XXe siècle fut dans l’île pour une grande partie déterminé par l’héritage historique et politique reçu des décennies précédentes. S’y ajoutèrent les bouleversements européens et mondiaux observés à partir de la Première Guerre mondiale.

En ce qui concerne la question culturelle et politique, l’élément majeur fut la première démarche corse de réappropriation, qui correspond approximativement à la période 1896-1945. Elle constituait une troisième voie, s’opposant à la politique de francisation à marche forcée engagée dès la première moitié du XIXe siècle tout en se distinguant de la résistance italophile à cette dernière. Son mot d’ordre, publié en 1914 dans la revue A Cispra peu avant le déclenchement de la guerre, était on ne peut plus clair : « A Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese : hè una Nazione vinta chì hà da rinasce ! » (La Corse n’est pas un département français : c’est une Nation vaincue qui va renaître !).[40] Ainsi, pour en revenir à l’approche stratigraphique, on assistait alors – contre toute attente – à une réactivation de la strate nationale corse du XVIIIe siècle. Au cours de cette période particulièrement féconde se développera un champ littéraire de langue corse écrite, avec la création de tous les genres qui n’existaient jusque-là dans l’île qu’en langues italienne et française : la poésie savante, le drame, le roman… Et on est loin de « l’art pour l’art » : de l’aveu même des promoteurs du mouvement, l’objectif est bien de donner à la Corse un statut de nation à part entière : les fondateurs de la revue A Cispra écrivent que Homère et Dante ont davantage mérité de leur patrie que les guerriers grecs et italiens, que Racine et Corneille ont davantage œuvré à l’unité française que toute la dynastie des Capet[41]… Les auteurs en appellent donc à la constitution d’un « félibrige », d’une « pléiade » d’auteurs corses. Le message est très clair : la Corse n’est ni un morceau de l’Italie tombé par les hasards de l’histoire dans l’escarcelle française, ni une circonscription française « exotique » à civiliser, comme le prétendaient les auteurs romantiques du XIXe siècle. La Corse est une nation à part entière et cette nouvelle strate littéraire en construira une vision fortement « identitaire », d’autant que nombre d’auteurs étaient des militants politiques « corsistes »[42]. Bien sûr, pour créer cette littérature écrite, on puisera dans la tradition orale insulaire mais également, s’agissant de la forme, dans les œuvres italiennes et françaises. L’Italie pour la poésie savante – depuis le Dolce stil novo jusqu’à Gabriele D’annunzio – ; la France pour le roman – Octave Mirbeau a influencé Dalzeto – et le théâtre – les pièces comiques de Ghjanettu Notini doivent beaucoup à Molière. Toutefois, par-delà la forme qui, en littérature, traverse toujours les mers et les frontières, l’inspiration et les personnages de cette jeune littérature sont profondément corses.

Durant l’entre-deux-guerres, un important corpus sera composé, des revues seront créées, des livres édités. Mais la Seconde Guerre mondiale allait mettre un coup d’arrêt au développement de cette démarche littéraire et politique, en raison notamment des dérives de quelques-uns de ses animateurs. Après une longue période qui a été qualifiée par certains auteurs de « traversée du désert », alors que les revendications nationales semblaient éteintes à jamais et que les Corses paraissaient globalement désireux de devenir « des Français comme les autres » (expression en usage à l’époque), se produisit ce qui apparut comme un véritable miracle : le Riacquistu (Réappropriation) des années 1970. Comme la démarche de l’entre-deux-guerres, ce Riacquistu avait plusieurs dimensions : littéraire, artistique, culturelle et politique. La différence – elle est de taille – a été la naissance d’une lutte armée incarnée par le FLNC né en 1976. De cette organisation, la première publication importante, le « Petit livre vert »[43], contenait un rappel historique insistant tout particulièrement sur le XVIIIe siècle, celui de Paoli. En épigraphe, on retrouvait la fameuse phrase d’A Cispra en 1914 : « A Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese : hè una Nazione vinta chì hà da rinasce ! » Une nouvelle fois, la strate nationale paolienne était réactivée et, du fait des moyens spectaculaires qui seraient employés durant plusieurs décennies, les textes (de fiction ou de littérature d’information), ainsi que l’art et le cinéma, seraient profondément marqués par le conflit entre une partie des Corses et Paris.

Le XXIe siècle : l’histoire au présent

Cinquante années plus tard, la Corse a considérablement changé sans que les dynamiques historiques des siècles précédents n’aient été dépassées.

En cette année 2026, la plupart des organes de presse insulaires ont commémoré le demi-siècle du FLNC à travers de volumineux dossiers et d’innombrables interviews d’anciens militants clandestins[44]. Il s’agissait à tout le moins d’une reconnaissance du poids qu’a eu cette organisation sur les mutations contemporaines de la Corse, et ce quelle que soit l’appréciation politique que l’on peut avoir à l’égard de son action. Aujourd’hui, les textes et le cinéma reviennent régulièrement sur ce sujet. S’agissant de la création littéraire et artistique, on citera simplement ici les romans de Jérôme Ferrari et les films de Thierry de Peretti, en regrettant que dans ce domaine et sur cette thématique, les points de vue ne soient pas suffisamment diversifiés. La littérature d’information, historique et politique, offre en revanche une certaine pluralité. La question est d’importance, puisqu’il s’agit ici en fait de construire le (les) récit(s), donc, au sens de la géocritique, le lieu, c’est-à-dire la Corse… L’accession des nationalistes au pouvoir en 2015 a renforcé la réactivation de la strate nationale cristallisée au XVIIIe siècle. Un épisode significatif : lors de la séance d’installation de l’Assemblée de Corse, les nouveaux élus avaient prêté serment sur une édition originale de la fameuse Giustificazione de 1758. Si les journalistes parisiens présents dans l’hémicycle s’étaient interrogés sur la signification de ce geste leur paraissant insolite, les Corses comprirent instantanément pour leur part la force du symbole : en quelques jours, les librairies épuisèrent leur stock de Giustificazione, une nouvelle édition ayant été publiée l’année précédente ! En Corse, l’histoire est toujours prête à resurgir, plus vive que jamais…

Outre le renouveau de l’idée nationale, l’autre sujet majeur traité par la création littéraire et cinématographique demeure le banditisme, donnant parfois le sentiment – comme du temps du romantisme français sur la Corse – que vue de l’extérieur l’île se réduit à ses « bandits »[45]. On reconnaît ici la fameuse strate mériméenne réactivée, pour le dire avec les mots de Bertrand Westphal. À cet égard, l’« héroïne » de la série Mafiosa n’est-elle pas un avatar de celle de Colomba : une femme chef de parti (ce que l’on a, du reste, peu vu dans la réalité, que ce soit au XIXe siècle ou de nos jours) ?

L’imaginaire polyphonique corse

Bien entendu, cette régulière réactivation de la strate nationale corse d’une part, et de la strate romantique française de l’autre ne résume pas à elle seule la production littéraire et artistique de ces trois derniers siècles sur la Corse. Pourtant, ce chassé-croisé structure largement la construction de l’espace humain qui est le nôtre. Un espace humain très singulier : si on le réduit parfois – sur le plan démographique – à « un quartier de Marseille », selon l’expression consacrée, on observe aussi que tout ce qui s’y passe – ainsi que ce que l’on en dit et écrit – en ferait presque un continent… Cette réalité – mais aussi cette mythologie – de la Corse n’inspire pas que les autochtones. C’est qu’il est des lieux dont la signification extérieure est incomparablement supérieure à la dimension intrinsèque. La Corse en faisant manifestement partie, nombreux sont encore aujourd’hui ceux qui participent – y compris de l’étranger – à la construction imaginaire de l’île. La géocritique, nous l’avons vu, apparaît comme une méthode intéressante pour étudier les différents points de vue, intérieurs comme extérieurs, les seconds interférant avec les premiers. Toutefois, nous n’irons pas pour notre part jusqu’à reconnaître le même poids épistémique à l’autochtone qu’au visiteur bien qu’il nous faille reconnaître que le second peut aussi apprendre sur lui-même en lisant les textes du premier (ce que Bertrand Westphal observe chez les écrivains siciliens qui « se découvrent souvent dans le regard et dans l’écriture des autres »[46]). Mais à cet égard, partout où il y a eu domination politique et culturelle, à l’égalisation épistémique absolue des angles de vue il semble préférable d’opérer un rééquilibrage, dans le prolongement des réflexions conduites par l’Unesco sur la « décolonisation des savoirs » et la « décolonisation de l’histoire »[47]. Cela suppose sans doute, sans nier l’intérêt des regards extérieurs, de valoriser la parole autochtone longtemps méprisée ou rendue inaudible par la puissance institutionnelle et éditoriale.

Ce point étant précisé, lorsque l’on se penche sur les imaginaires existants dans l’île même, et plus particulièrement sur les regards « endogènes » (y compris ceux des membres de la diaspora), une grande pluralité de points de vue demeure… Aussi, une question se pose : comment concilier ces imaginaires et ces interprétations historiques ?

Il y a quelques années, alors que nous nous penchions sur les différentes mémoires présentes en Corse, nous avions proposé la notion d’« imaginaire polyphonique », laquelle a vocation à rendre compte – par-delà les engagements politiques – de la diversité et de la complexité des représentations et des interprétations historiques. Aux antipodes d’un « roman national » ou même d’un « récit » univoque, à l’opposé de la pensée simplifiante, l’imaginaire polyphonique corse fait dialoguer – avec pour seule limite le « veto des sources » (Reinhart Koselleck) – les différentes sensibilités, les généalogies idéologiques et familiales, ainsi que les logiques politiques présentes dans l’île : d’une part une interprétation « paolienne » – celle du mouvement national corse, mouvement largement majoritaire de nos jours, comme le montrent toutes les élections depuis une dizaine d’années –, d’autre part une interprétation exaltant la Corse française et évoquant volontiers un « lien indéfectible », idée que l’on peut partager ou pas. Mais il demeure également une mémoire génoise, notamment à Bastia et à Bunifaziu, une mémoire grecque à Carghjese, une forte mémoire napoléonienne – singulièrement à Ajaccio – et même une mémoire matriste (du nom de la famille ennemie de Paoli) au sein de certaines familles insulaires[48].  Les Corses d’aujourd’hui étant tous le produit d’une histoire tumultueuse et des représentations multiples qu’elle charrie, la reconnaissance et la valorisation de cet imaginaire polyphonique répond en outre à un besoin de cohésion de la société corse. En effet, non seulement les mémoires sont diverses et souvent opposées, mais de plus ces oppositions mémorielles trouvent une traduction territoriale jusque dans l’odonymie : à Bastia son boulevard Paoli, à Corte son cours Paoli, à Ajaccio son cours… Napoléon !

Aussi, la construction et la reconnaissance d’un imaginaire historique complexe constituent-ils l’un des éléments essentiels de la réconciliation d’une communauté nationale avec elle-même.

Ces dernières années, cette notion d’« imaginaire polyphonique » a été éprouvée dans le débat à travers plusieurs dizaines de conférences et elle a généralement été accueillie de façon très favorable. Nous passons à présent à une nouvelle étape, en faisant dialoguer différents historiens portant chacun un récit historique et politique particulier[49].

La visée de la démarche n’est évidemment pas de dépasser systématiquement les contradictions – objectif hors de portée, de toute évidence –, mais de parvenir à identifier, à décrire et à reconnaître l’état actuel de cette organisation mouvante, dynamique et surtout complexe, qu’est « l’imaginaire polyphonique ». Ici le mot complexe doit être pris en son sens étymologique : comme avait coutume de le rappeler Edgar Morin, théoricien et promoteur de la pensée complexe, complexus signifie en latin « ce qui est tissé ensemble ». On retrouve la même idée dans la métaphore de la polyphonie où les voix sont entrelacées, car il ne s’agit pas d’entretenir des mémoires séparées et concurrentes. Aussi, l’imaginaire polyphonique, parce qu’il rend compte de la complexité inhérente à l’histoire des peuples, apparaît comme l’une des conditions du vivre ensemble.

On l’aura compris, l’approche que nous proposons tente de dépasser le simple cadre d’une analyse purement théorique appliquée à la Corse. D’une part, comme nous le rappelions dès l’abord, l’imaginaire constitue une force conséquente de transformation de la réalité, et d’autre part les problématiques rencontrées dans notre île sont souvent présentes en d’autres lieux, sous des formes quelque peu différentes.

Singulièrement, il nous semble, dans les pays tournés vers notre mer commune et représentés au présent forum.

[1] Tzvetan Todorov, « Romain Gary, géographie de la mémoire », Romain Gary et la pluralité des mondes, sous la direction de...

[1] Tzvetan Todorov, « Romain Gary, géographie de la mémoire », Romain Gary et la pluralité des mondes, sous la direction de Mireille Sacotte, PUF, octobre 2002.

[2] Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 190.

[2] Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 190.

[3] Manuel d’ethnographie, Payot, Paris, 1947, p. 97.

[3] Manuel d’ethnographie, Payot, Paris, 1947, p. 97.

[4] Voir notamment les travaux de Claude

[4] Édit de création de l’Université de Corse, Ragguagli dell’Isola di Corsica per il mese di novembre 1764, cité dans ibid. pp. 550-557.

[5] Pierre Barbéris, « La sociocritique », Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, collectif, Dunod, Paris, 1996, p. 123.

[5] Pierre Barbéris, « La sociocritique », Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, collectif, Dunod, Paris, 1996, p. 123.

[6] Bertrand Westphal, La géocritique. Réel, fiction, espace, Les Éditions de Minuit, 2007...

[6] Bertrand Westphal, La géocritique. Réel, fiction, espace, Les Éditions de Minuit, 2007, p. 191.

[7] Ibid., p. 223.

[7] Ibid., p. 223.

[8] Ibid., p. 200 sqq.

[8] Ibid., p. 200 sqq.

[9] Ibid., p. 208 sqq.

[9] Ibid., p. 208 sqq.

[10] Entretien avec Julia Isabel Eissa Osorio, FLAMME HS, N° 1, 2023.

[10] Entretien avec Julia Isabel Eissa Osorio, FLAMME HS, N° 1, 2023.

[11] Voir notamment la présentation de cette « théorie-pratique transdisciplinaire » par le poète écossais Kenneth White, https://kennethwhite.fr/geopoetique/

[11] Voir notamment la présentation de cette « théorie-pratique transdisciplinaire » par le poète écossais Kenneth White, https://kennethwhite.fr/geopoetique/

[12] L’approche géocritique ne semble pas à ce jour avoir été utilisée dans les travaux sur la Corse.

[12] L’approche géocritique ne semble pas à ce jour avoir été utilisée dans les travaux sur la Corse.

[13] Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, e della ferma risoluzione presa da Corsi di mai piu’ sottomettersi al dominio di Genova, In Corte, Nella Stamperia della Verità, 1758 (édition originale).

[13] Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, e della ferma risoluzione presa da Corsi di mai piu’ sottomettersi al dominio di Genova, In Corte, Nella Stamperia della Verità, 1758 (édition originale).

[14] Évêque de Sagone de 1726 à 1741.

[14] Évêque de Sagone de 1726 à 1741.

[15] Construire L’ennemi et autres écrits occasionnels, Grasset, Paris, 2014. (Éd. italienne : Bompiani, Milan, 2011).

[15] Construire L’ennemi et autres écrits occasionnels, Grasset, Paris, 2014. (Éd. italienne : Bompiani, Milan, 2011).

[16] « La terra vi produce canape, lino, ed ogni sorta di frutti, e vi nasconde molte miniere di metalli, e di marmi finissimi. (…) Le stesse montagne non vi sono infruttifere, essendo feconde di alberi, e di pascoli, che nutriscono gran quantità di bestiame. », Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, 1758, édition d’Oletta, p. 74.

[16] « La terra vi produce canape, lino, ed ogni sorta di frutti, e vi nasconde molte miniere di metalli, e di marmi finissimi. (…) Le stesse montagne non vi sono infruttifere, essendo feconde di alberi, e di pascoli, che nutriscono gran quantità di bestiame. », Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, 1758, édition d’Oletta, p. 74.

[17] An account of Corsica, Glasgow, 1768 (première édition).

[17] An account of Corsica, Glasgow, 1768 (première édition).

[18] Voir à ce sujet la thèse de Jeanne Leboulleux-Leonardi, Corse et Angleterre à...

[18] Voir à ce sujet la thèse de Jeanne Leboulleux-Leonardi, Corse et Angleterre à l’ère des Révolutions : les occasions manquées, qui sera soutenue le 9 novembre 2026, à paraître aux éditions Le Bord de L’eau dans la collection « Les Lumières ».

[19] Nouvelle édition, 1795, tome premier...

[19] Nouvelle édition, 1795, tome premier, p. 6 sqq.

[20] Ibid.

[20] Ibid.

[21] Dominique et Séraphine. Histoire corse, Albiana, édition de 2007.

[21] Dominique et Séraphine. Histoire corse, Albiana, édition de 2007.

[22] La première était une diglossie stable au sens donné par Charles Ferguson en 1959 : deux variétés d’une même langue sont utilisées dans des situations différentes. Le corse était considéré comme un niveau populaire de l’italien. La seconde constitue une diglossie telle que l’a définie Joshua Fishman dans les années 70 : deux langues différentes cohabitent mais il existe une hiérarchie entre elles : le corse est réservé à la sphère privée, le français est utilisé dans la sphère publique, notamment dans l’éducation.

[22] La première était une diglossie stable au sens donné par Charles Ferguson en 1959 : deux variétés d’une même langue sont utilisées dans des situations différentes. Le corse était considéré comme un niveau populaire de l’italien. La seconde constitue une diglossie telle que l’a définie Joshua Fishman dans les années 70 : deux langues différentes cohabitent mais il existe une hiérarchie entre elles : le corse est réservé à la sphère privée, le français est utilisé dans la sphère publique, notamment dans l’éducation.

[23] L’officier poursuit : « Les injures pour lesquelles il tue et prend le maquis seraient ...

[23] L’officier poursuit : « Les injures pour lesquelles il tue et prend le maquis seraient toutes aisément et pleinement vengées par les tribunaux, et les querelles vidées par le juge de paix, car elles n’ont rien de rare ni de surhumain ; mais le major anglais le regarde, et sa fille le tire en couleur. Attention, mon garçon, tu travailles pour le Magasin pittoresque !... » (Réédition de 1998, DCL éditions, Ajaccio, p. 42).

[24] Lors de son séjour dans l’île, Mérimée avait bien rencontré une Colomba, mais elle n’avait que peu de traits communs avec celle décrite dans la nouvelle.

[24] Lors de son séjour dans l’île, Mérimée avait bien rencontré une Colomba, mais elle n’avait que peu de traits communs avec celle décrite dans la nouvelle.

[25] Angélique Salvarelli, « La représentation littéraire de la Corse dans l’œuvre de Niccolò Tommaseo et dans celle des grands écrivains français du XIXe siècle », Niccolò Tommaseo et la Corse, Actes du colloque international tenu...

[25] Angélique Salvarelli, « La représentation littéraire de la Corse dans l’œuvre de Niccolò Tommaseo et dans celle des grands écrivains français du XIXe siècle », Niccolò Tommaseo et la Corse, Actes du colloque international tenu à l’Université de Corse les 3 et 4 mai 2005, Università di Corsica, 2006, p. 175. Voir également : Pierrette Jeoffroy-Faggianelli, L’image de la Corse dans la littérature romantique française, PUF, Paris, 1978.

[26] Tommaseo publiera d’ailleurs ses travaux sur la correspondance de Paoli (Lettere di Pasquale Paoli, Vieusseux, Firenze, 1846).

[26] Tommaseo publiera d’ailleurs ses travaux sur la correspondance de Paoli (Lettere di Pasquale Paoli, Vieusseux, Firenze, 1846).

[27] La correspondance de Paoli témoigne d’ailleurs de cette aversion pour les bandits. Plus généralement sur cette question, voir : Jean-Guy Talamoni, Littérature et politique en Corse. Imaginaire national, société et action publique, Éditions Albiana, Ajaccio, 2013.

[27] La correspondance de Paoli témoigne d’ailleurs de cette aversion pour les bandits. Plus généralement sur cette question, voir : Jean-Guy Talamoni, Littérature et politique en Corse. Imaginaire national, société et action publique, Éditions Albiana, Ajaccio, 2013.

[28] Il s’agit de l’un des deux chants du « Front National Corse de Libération de la France », écrit par Simon Vinciguerra.

[28] Il s’agit de l’un des deux chants du « Front National Corse de Libération de la France », écrit par Simon Vinciguerra.

[29] L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Points, 2015.

[29] L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Points, 2015.

[30] Voir supra.

[30] Voir supra.

[31] Voir notamment : Jean-Pierre Mattei, La Corse et le cinéma. Première époque : 1897/1929, Éditions Alain Piazzola, 1996.

[31] Voir notamment : Jean-Pierre Mattei, La Corse et le cinéma. Première époque : 1897/1929, Éditions Alain Piazzola, 1996.

[32] David A. Bell, « Abel Gance et Ridley Scott », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 32 sqq. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/abel-gance-et-ridley-scott/

[32] David A. Bell, « Abel Gance et Ridley Scott », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 32 sqq. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/abel-gance-et-ridley-scott/

[33] Jean-Dominique Poli, « La “séquence corse” du film Napoléon vu par Abel Gance », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 63. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/la-sequence-corse-du-film-napoleon-vu-par-abel-gance/

[33] Jean-Dominique Poli, « La “séquence corse” du film Napoléon vu par Abel Gance », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 63. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/la-sequence-corse-du-film-napoleon-vu-par-abel-gance/

[34] Voir IMDb, Internet Movie Database...

[34] Voir IMDb, Internet Movie Database, base de données en ligne sur le cinéma et la télévision, https://www.imdb.com/fr/title/tt0425885/?ref_=fn_rvi_t_4

[35] Ibid.

[35] Ibid

[36] Nathalie Goedert, « Colomba “Hors la loi” : la vengeance », 7 décembre 2021, IMAJ, consulté le 29 août 2026...

[36] Nathalie Goedert, « Colomba “Hors la loi” : la vengeance », 7 décembre 2021, IMAJ, consulté le 29 août 2026, https://imaj.hypotheses.org/2812 

[37] A. Pedone, Éditeur, Paris, 1920, p. 26.

[37] A. Pedone, Éditeur, Paris, 1920, p. 26.

[38] Joseph Morsel, « Le sens de la vengeance en Franconie à la fin du Moyen Âge », La vengeance en Europe, édité par Claude Gauvard et Andrea Zorzi, Éditions de la Sorbonne, 2015, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.72174.

[38] Joseph Morsel, « Le sens de la vengeance en Franconie à la fin du Moyen Âge », La vengeance en Europe, édité par Claude Gauvard et Andrea Zorzi, Éditions de la Sorbonne, 2015, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.72174.

[39] Lucie De Almeida Cachinho, « Lis tes ratures de cinéma. Une sociogenèse du cinéma corse contemporain », mémoire de Master Direction de Projets ou Établissements Culturels, Università di Corsica, 2026.

[39] Lucie De Almeida Cachinho, « Lis tes ratures de cinéma. Une sociogenèse du cinéma corse contemporain », mémoire de Master Direction de Projets ou Établissements Culturels, Università di Corsica, 2026.

[40] A Cispra, Antologia annuale (ouvrage collectif), mars 1914, ANT GED, Marseille, p. 2.

[40] A Cispra, Antologia annuale (ouvrage collectif), mars 1914, ANT GED, Marseille, p. 2.

[41] « Una razza senza literatura », A Cispra, Antologia annuale, p. 1.

[41] « Una razza senza literatura », A Cispra, Antologia annuale, p. 1.

[42] Dans l’entre-deux-guerres, le corsisme était l’équivalent du nationalisme corse contemporain, mais l’idée indépendantiste y était beaucoup moins présente.

[42] Dans l’entre-deux-guerres, le corsisme était l’équivalent du nationalisme corse contemporain, mais l’idée indépendantiste y était beaucoup moins présente.

[43] A libertà o a morte, FLNC, 1977.

[43] A libertà o a morte, FLNC, 1977.

[44] Notamment un supplément dédié à ce sujet dans Corse-Matin, des émissions sur France 3 Corse ViaStella, Ici RCFM, Alta Frequenza… Un livre à paraître publié par U Ribombu (journal indépendantiste)…

[44] Notamment un supplément dédié à ce sujet dans Corse-Matin, des émissions sur France 3 Corse ViaStella, Ici RCFM, Alta Frequenza… Un livre à paraître publié par U Ribombu (journal indépendantiste)…

[45] On observera à cet égard que les seuls films à budget conséquent réalisés au sujet de la Corse sont d’une part les nombreuses versions de Colomba, et d’autre part ceux qui traitent d’une autre forme de banditisme (contemporain et à motivation crapuleuse), depuis Le fils de Pierre Granier-Deferre avec Yves Montand (1972) jusqu’à Un prophète de Jacques Audiard (grand prix du jury au festival de Cannes en 2009), sans compter les séries Mafiosa et Plaine orientale sur « Canal + »…

[45] On observera à cet égard que les seuls films à budget conséquent réalisés au sujet de la Corse sont d’une part les nombreuses versions de Colomba, et d’autre part ceux qui traitent d’une autre forme de banditisme (contemporain et à motivation crapuleuse), depuis Le fils de Pierre Granier-Deferre avec Yves Montand (1972) jusqu’à Un prophète de Jacques Audiard (grand prix du jury au festival de Cannes en 2009), sans compter les séries Mafiosa et Plaine orientale sur « Canal + »…

[46] Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », republié dans Bibliothèque comparatiste, n. 3, 2007...

[46] Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », republié dans Bibliothèque comparatiste, n. 3, 2007. D'abord paru dans La Géocritique mode d’emploi, PULIM, Limoges, coll. « Espaces Humains », n° 0, 2000, pp. 9-40, URL : https://sflgc.org/bibliotheque/westphal-bertrand-pour-une-approche-geocritique-des-textes/

[47] Mamadou Ndoye, « Décoloniser l’enseignement de l’histoire en Afrique », Séminaire des Chaires UNESCO, https://www.unesco.org/fr/articles/decoloniser-lenseignement-de-lhistoire-de-lafrique

[47] Mamadou Ndoye, « Décoloniser l’enseignement de l’histoire en Afrique », Séminaire des Chaires UNESCO, https://www.unesco.org/fr/articles/decoloniser-lenseignement-de-lhistoire-de-lafrique

[48] Comme l’a montré la thèse de Marcandria Peraut, Entre Histoires et Mémoires. Usages, représentations et métamorphose de la mémoire en Corse (XVIIIe-XXIe siècles), soutenue le 14 novembre 2024 à Corti. Thèse publiée aux éditions Le Bord de L’eau sous le titre Entre histoire officielle et mémoire populaire, 2025.

[48] Comme l’a montré la thèse de Marcandria Peraut, Entre Histoires et Mémoires. Usages, représentations et métamorphose de la mémoire en Corse (XVIIIe-XXIe siècles), soutenue le 14 novembre 2024 à Corti. Thèse publiée aux éditions Le Bord de L’eau sous le titre Entre histoire officielle et mémoire populaire, 2025.

[49] Projet « Imaginaire polyphonique », en cours de réalisation.

[49] Projet « Imaginaire polyphonique », en cours de réalisation.

[1] Tzvetan Todorov, « Romain Gary, géographie de la mémoire », Romain Gary et la pluralité des mondes, sous la direction de Mireille Sacotte, PUF, octobre 2002.

[2] Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société, Paris, Éditions du Seuil, 1975, p. 190.

[3] Manuel d’ethnographie, Payot, Paris, 1947, p. 97.

[4] Voir notamment les travaux de Claude Duchet.

[5] Pierre Barbéris, « La sociocritique », Introduction aux méthodes critiques pour l’analyse littéraire, collectif, Dunod, Paris, 1996, p. 123.

[6] Bertrand Westphal, La géocritique. Réel, fiction, espace, Les Éditions de Minuit, 2007, p. 191.

[7] Ibid., p. 223.

[8] Ibid., p. 200 sqq.

[9] Ibid., p. 208 sqq.

[10] Entretien avec Julia Isabel Eissa Osorio, FLAMME HS, N° 1, 2023.

[11] Voir notamment la présentation de cette « théorie-pratique transdisciplinaire » par le poète écossais Kenneth White, https://kennethwhite.fr/geopoetique/

[12] L’approche géocritique ne semble pas à ce jour avoir été utilisée dans les travaux sur la Corse.

[13] Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, e della ferma risoluzione presa da Corsi di mai piu’ sottomettersi al dominio di Genova, In Corte, Nella Stamperia della Verità, 1758 (édition originale).

[14] Évêque de Sagone de 1726 à 1741.

[15] Construire L’ennemi et autres écrits occasionnels, Grasset, Paris, 2014. (Éd. italienne : Bompiani, Milan, 2011).

[16] « La terra vi produce canape, lino, ed ogni sorta di frutti, e vi nasconde molte miniere di metalli, e di marmi finissimi. (…) Le stesse montagne non vi sono infruttifere, essendo feconde di alberi, e di pascoli, che nutriscono gran quantità di bestiame. », Don Gregorio Salvini, Giustificazione della Rivoluzione di Corsica, 1758, édition d’Oletta, p. 74.

[17] An account of Corsica, Glasgow, 1768 (première édition).

[18] Voir à ce sujet la thèse de Jeanne Leboulleux-Leonardi, Corse et Angleterre à l’ère des Révolutions : les occasions manquées, qui sera soutenue le 9 novembre 2026, à paraître aux éditions Le Bord de L’eau dans la collection « Les Lumières ».

[19] Nouvelle édition, 1795, tome premier, p. 6 sqq.

[20] Ibid.

[21] Dominique et Séraphine. Histoire corse, Albiana, édition de 2007.

[22] La première était une diglossie stable au sens donné par Charles Ferguson en 1959 : deux variétés d’une même langue sont utilisées dans des situations différentes. Le corse était considéré comme un niveau populaire de l’italien. La seconde constitue une diglossie telle que l’a définie Joshua Fishman dans les années 70 : deux langues différentes cohabitent mais il existe une hiérarchie entre elles : le corse est réservé à la sphère privée, le français est utilisé dans la sphère publique, notamment dans l’éducation.

[23] L’officier poursuit : « Les injures pour lesquelles il tue et prend le maquis seraient toutes aisément et pleinement vengées par les tribunaux, et les querelles vidées par le juge de paix, car elles n’ont rien de rare ni de surhumain ; mais le major anglais le regarde, et sa fille le tire en couleur. Attention, mon garçon, tu travailles pour le Magasin pittoresque !… » (Réédition de 1998, DCL éditions, Ajaccio, p. 42).

[24] Lors de son séjour dans l’île, Mérimée avait bien rencontré une Colomba, mais elle n’avait que peu de traits communs avec celle décrite dans la nouvelle.

[25] Angélique Salvarelli, « La représentation littéraire de la Corse dans l’œuvre de Niccolò Tommaseo et dans celle des grands écrivains français du XIXe siècle », Niccolò Tommaseo et la Corse, Actes du colloque international tenu à l’Université de Corse les 3 et 4 mai 2005, Università di Corsica, 2006, p. 175. Voir également : Pierrette Jeoffroy-Faggianelli, L’image de la Corse dans la littérature romantique française, PUF, Paris, 1978.

[26] Tommaseo publiera d’ailleurs ses travaux sur la correspondance de Paoli (Lettere di Pasquale Paoli, Vieusseux, Firenze, 1846).

[27] La correspondance de Paoli témoigne d’ailleurs de cette aversion pour les bandits. Plus généralement sur cette question, voir : Jean-Guy Talamoni, Littérature et politique en Corse. Imaginaire national, société et action publique, Éditions Albiana, Ajaccio, 2013.

[28] Il s’agit de l’un des deux chants du « Front National Corse de Libération de la France », écrit par Simon Vinciguerra.

[29] L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Points, 2015.

[30] Voir supra.

[31] Voir notamment : Jean-Pierre Mattei, La Corse et le cinéma. Première époque : 1897/1929, Éditions Alain Piazzola, 1996.

[32] David A. Bell, « Abel Gance et Ridley Scott », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 32 sqq. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/abel-gance-et-ridley-scott/

[33] Jean-Dominique Poli, « La “séquence corse” du film Napoléon vu par Abel Gance », Lumi, hors-série n° 1, juillet 2024, p. 63. En ligne : https://m3c.universita.corsica/lumi/la-sequence-corse-du-film-napoleon-vu-par-abel-gance/

[34] Voir IMDb, Internet Movie Database, base de données en ligne sur le cinéma et la télévision, https://www.imdb.com/fr/title/tt0425885/?ref_=fn_rvi_t_4

[35] Ibid.

[36] Nathalie Goedert, « Colomba “Hors la loi” : la vengeance », 7 décembre 2021, IMAJ, consulté le 29 août 2026, https://imaj.hypotheses.org/2812 

[37] A. Pedone, Éditeur, Paris, 1920, p. 26.

[38] Joseph Morsel, « Le sens de la vengeance en Franconie à la fin du Moyen Âge », La vengeance en Europe, édité par Claude Gauvard et Andrea Zorzi, Éditions de la Sorbonne, 2015, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.72174.

[39] Lucie De Almeida Cachinho, « Lis tes ratures de cinéma. Une sociogenèse du cinéma corse contemporain », mémoire de Master Direction de Projets ou Établissements Culturels, Università di Corsica, 2026.

[40] A Cispra, Antologia annuale (ouvrage collectif), mars 1914, ANT GED, Marseille, p. 2.

[41] « Una razza senza literatura », A Cispra, Antologia annuale, p. 1.

[42] Dans l’entre-deux-guerres, le corsisme était l’équivalent du nationalisme corse contemporain, mais l’idée indépendantiste y était beaucoup moins présente.

[43] A libertà o a morte, FLNC, 1977.

[44] Notamment un supplément dédié à ce sujet dans Corse-Matin, des émissions sur France 3 Corse ViaStella, Ici RCFM, Alta Frequenza… Un livre à paraître publié par U Ribombu (journal indépendantiste)…

[45] On observera à cet égard que les seuls films à budget conséquent réalisés au sujet de la Corse sont d’une part les nombreuses versions de Colomba, et d’autre part ceux qui traitent d’une autre forme de banditisme (contemporain et à motivation crapuleuse), depuis Le fils de Pierre Granier-Deferre avec Yves Montand (1972) jusqu’à Un prophète de Jacques Audiard (grand prix du jury au festival de Cannes en 2009), sans compter les séries Mafiosa et Plaine orientale sur « Canal + »…

[46] Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », republié dans Bibliothèque comparatiste, n. 3, 2007. D’abord paru dans La Géocritique mode d’emploi, PULIM, Limoges, coll. « Espaces Humains », n° 0, 2000, pp. 9-40, URL : https://sflgc.org/bibliotheque/westphal-bertrand-pour-une-approche-geocritique-des-textes/

[47] Mamadou Ndoye, « Décoloniser l’enseignement de l’histoire en Afrique », Séminaire des Chaires UNESCO, https://www.unesco.org/fr/articles/decoloniser-lenseignement-de-lhistoire-de-lafrique

[48] Comme l’a montré la thèse de Marcandria Peraut, Entre Histoires et Mémoires. Usages, représentations et métamorphose de la mémoire en Corse (XVIIIe-XXIe siècles), soutenue le 14 novembre 2024 à Corti. Thèse publiée aux éditions Le Bord de L’eau sous le titre Entre histoire officielle et mémoire populaire, 2025.

[49] Projet « Imaginaire polyphonique », en cours de réalisation.

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